De l’utilité de la diaspora camerounaise
Certains d’entre nous sont parfois mal à l’aise avec le terme même de diaspora. C’est la raison pour laquelle un bref retour à son sens premier est utile. Etymologiquement, diaspora est un terme botanique qui désigne la dispersion des graines. Transposé aux êtres humains, le terme désigne un ensemble de personnes qui, issues d’un foyer émetteur, se trouvent géographiquement dispersées, à la suite de multiples et divers phénomènes migratoires. Une diaspora se caractérise essentiellement par :
· La conscience et le fait de revendiquer une identité ethnique ou nationale
· L’existence de contacts, sous diverses formes, avec le foyer d’origine
· L’existence d’une organisation politique, culturelle ou religieuse du groupe dispersé
Si l’on considère le sens botanique, tous les camerounais, plus particulièrement ceux nés au pays, qui se trouvent aujourd’hui en dehors des frontières nationales, font partie de la diaspora. Cette acception végétale a un aspect d’autant plus encourageant que les graines semées assurent la pérennité de l’espèce. Elles sont par conséquent porteuses d’avenir. De ce point de vue, les camerounais vivants hors du Cameroun représentent une partie significative de l’avenir de ce beau pays. Il ne tient qu’à eux d’en être de véritables acteurs. La position, très souvent, trop souvent adoptée par de nombreux camerounais vivants à l’étranger, consiste à considérer que puisque le système en place au Cameroun ne nous offre pas des opportunités semblables à celles que nous avons dans nos différents pays d’accueil, il ne nous reste plus qu’à adopter une nouvelle citoyenneté, et ne nous préoccuper de notre pays que d’un point de vue strictement familial. De ce point de vue familial, et malheureusement uniquement de celui-là, cette attitude se tient, et encore, seulement à court terme. En effet, elle se trouve immédiatement contredite par sa propre justification. En blâmant le système en place dans notre pays, nous ne faisons rien d’autre que nous blâmer nous même. Les pays d’accueil dans lesquels nous disons nous sentir si bien, en tous les cas en comparaison avec le Cameroun, n’ont-ils pas été bâtis un jour par leurs enfants, de l’intérieur comme de l’extérieur ? Les camerounais de la diaspora, au même titre que ceux restés au pays, sont les semences sur lesquelles notre pays doit compter afin que nos enfants, qu’ils soient nés à l’étranger ou non, soient fiers un jour de parler de leur pays d’origine.
Si l’on en revient aux caractéristiques d’une diaspora énumérées plus haut, il ne me paraît nullement nécessaire de démontrer que les camerounais vivants hors des frontières nationales remplissent au moins deux d’entre eux. En effet, quel enfant du pays, où qu’il vive et quelle que soit sa nationalité d’adoption, n’a pas la conscience de cette identité nationale ? C’est, bien au contraire, la revendication véhémente de celle-ci qu’expriment très souvent les plus audibles d’entre nous, d’une façon parfois plutôt discutable. La question qui se pose alors au sujet de cette forme d’expression est de savoir quels intérêts sont ainsi défendus et quels buts sont poursuivis. Il est vrai qu’en fustigeant le pouvoir en place, l’objectif affiché serait la recherche de l’intérêt général des camerounais. Certes, il y a des insuffisances. Certes, des attentes fortes de la diaspora existent. Mais est-ce une raison pour traîner les dirigeants camerounais en justice auprès d’instances de pays étrangers, ou encore essayer de saisir les instances internationales pour empêcher le financement de projets au Cameroun? Ce faisant, le remède ne risque-t-il pas d’être pire que le mal ? La conscience de l’identité camerounaise est profondément ancrée en chaque enfant de ce pays, quelle que soit sa terre d’accueil ou sa nation d’adoption. L’exercice aujourd’hui consiste, pour les camerounais de la diaspora, à soigneusement choisir les moyens de l’expression de cette conscience et surtout à ne pas endommager plus avant l’objet précieux que l’on essaie de préserver, et plus encore, de construire.
Quant aux liens et aux contacts existants avec le foyer d’origine, ils ne sont pas plus à démontrer. Chaque membre de la diaspora a toujours une partie non négligeable de sa famille qui vit au pays. Les nombreux transferts d’argent effectués chaque année vers le Cameroun en attestent largement. Ici encore, la question qui se pose est celle, non de la légitimité des moyens mis en œuvre, mais bien de leur efficacité à long terme. Personne ne pourrait se voir reprocher de soutenir financièrement ses proches restés au pays. En revanche, les transferts financiers tels qu’ils sont faits aujourd’hui, majoritairement, s’apparentent, à une échelle individuelle, à l’aide directe au développement telle qu’elle a été menée jusqu’ici par les pays du nord. Un proverbe bien de chez nous ne dit-il pas que « pour nourrir quelqu’un, il vaut mieux lui apprendre à pêcher que lui offrir du poisson » ? Des liens étroits et constants existent bien entre la diaspora camerounaise et le foyer d’origine, mais il est plus que jamais nécessaire d’en repenser les formes et la mise en œuvre.
L’existence de la troisième caractéristique, une organisation politique ou culturelle regroupant les membres de la diaspora camerounaise, reste plus discutable. En effet, l’expression des camerounais de l’étranger reste très dispersée, voire trop dispersée. Les voix qui se font le plus souvent entendre sont, malheureusement, celles qui pensent que le seul et unique mal qui mine le pays, c’est le pouvoir en place. Et par conséquent, son départ transformerait, comme par un coup de baguette magique, le Cameroun en véritable paradis sur terre. S’il suffisait de changer les hommes au pouvoir pour que tous les maux des pays dits sous-développés soient enfin résolus, cela se saurait. Plus que des invectives et des agitations dispersées et donc improductives, la diaspora camerounaise a besoin de s’organiser et de se structurer pour apporter enfin à la terre de ses ancêtres ce que celle-ci est en droit d’attendre d’elle.
Notre pays a un mal profond qui le mine depuis toujours, l’empêchant de devenir, à l’image des pays du sud-est asiatique ou d’Amérique latine qui, il y a encore quelques décennies, étaient au même stade économique, un pays émergent. Ce mal, c’est notre mentalité. Cette mentalité qui nous fait voir dans chacun de nos compatriotes qui a un projet ou tout simplement une idée intéressante, une menace potentielle. Cette mentalité qui a fait de la recherche de l'intérêt général la chose la moins partagée. Cette mentalité qui nous fait voir en chacun de nos compatriotes, un simple représentant de son groupe ethnique, plutôt qu'un atout pour le progrès de tous. Cette mentalité qui fait croire à chaque camerounais vivant à l’étranger que tous ceux restés au pays lui sont inférieurs. Cette mentalité qui empêche tous les enfants de ce pays, ceux qui vivent au pays et les autres, de se mettre d’accord sur l’intérêt général, et d’unir enfin toutes les forces disponibles pour mener le Cameroun vers son destin. Cette mentalité n’est pas une fatalité, elle peut et doit être combattue.
Le Cameroun n’est pas le paradis sur terre, mais il n’est pas non plus l’enfer. Notre pays, à l’image de l’Afrique toute entière, regorge de ressources infinies. Notre sous-sol renferme d’innombrables trésors qui ne demandent qu’à être exploités pour le bien de tous ses enfants. Notre production agricole nous permet, depuis de nombreuses années, de connaître l’autosuffisance alimentaire. La richesse et la diversité de nos contrées mettent à notre disposition des paysages touristiques bien loin d’être mis en valeur à ce jour. On pourrait ainsi égrainer à l’envie la multitude d’atouts qui constituent l’énorme potentiel du Cameroun. Néanmoins, cette liste resterait inachevée tant qu’elle n’intègrera pas la principale ressource nécessaire à la mise en valeur de toutes les autres. Il s’agit, bien sûr, de notre infinie richesse humaine. C’est justement de cette richesse humaine qu’il est question ici, ou plus exactement d’une de ses précieuses composantes. Il est question ici de ceux des enfants du Cameroun qui, un jour, ont quitté le pays pour s’installer sous d’autres cieux. Certains d’entre eux ont même acquis la citoyenneté de leur foyer d’accueil. Cette démarche, quelle qu’en soit la raison, ne donne à personne le droit de leur refuser l’appartenance au pays qui les a vus naître, eux ou leurs ancêtres, bien au contraire. Ils sont, au même titre que ceux restés au pays, les fils et filles de cette terre. Et c’est ensemble qu’ils doivent œuvrer à un avenir meilleur pour ce pays. Ceux qui sont partis, riches de leurs expériences, longuement, et parfois durement acquises loin de chez eux. Ceux restés au pays, avec leur connaissance du terroir et de son évolution en l’absence des autres. En travaillant ensemble, ces deux groupes de camerounais n’ont que du positif à apporter à ce pays. Les camerounais de la diaspora, sans nourrir le sentiment de demander une quelconque faveur, se doivent, dans ce processus de retour, de faire preuve de l’humilité qui caractérise ceux qui arrivent pour prendre connaissance d’une situation dont ils ne maîtrisent pas forcément tous les contours. Il n’est nullement question ici de demander à tous les camerounais de la diaspora de retourner définitivement au pays. Pas plus qu’on ne leur demande de prêter allégeance à une quelconque mouvance politique. L’idée est tout simplement de leur proposer, chacun dans ses domaines d’expertise ou d’intérêt, de donner vie à des projets qui contribueront à mettre le Cameroun sur les rails de l’émergence économique, la maturité politique ou encore l’aisance sociale. Il s’agit ici de demander aux camerounais vivants à l’étranger d’apporter leur savoir-faire, celui-là même qui leur permet chaque jour de faire la différence dans leur pays d’accueil, au service du berceau de nos ancêtres.
De nombreux camerounais de la diaspora ont déjà fait la démarche que je propose, d’un retour définitif ou partiel, mais surtout de mise en œuvre de leur talent, leur savoir-faire et leur expérience au service du Cameroun. C’est mon cas. Après plusieurs années d’études et de vie professionnelle en France, je suis retourné au pays pour m’investir dans la vie politique. C’est ainsi que depuis 2007, j’ai été élu maire de Loum, la ville qui m’a vu naître, et président de l’association des maires du département du Moungo. Aujourd’hui, en plus de mon rôle d’élu, je m’attache, au sein du RDPC dont je suis membre, à créer un cadre permanent pour l’accueil et l’accompagnement des camerounais de la diaspora qui souhaitent, comme moi, servir notre pays. Mon expérience de retour m’a montré qu’après un séjour plus ou moins long à l’étranger, le retour au pays nécessite une période d’intégration, de réadaptation aux réalités et au contexte du pays. C’est pour servir ce projet que j’ai créé l’ACADIDE, l’Association des Camerounais de la Diaspora et des sympathisants pour le DEveloppement. Son but est d'aider tous celles et ceux qui souhaitent rentrer, ou s'investir au Cameroun, à monter leurs projets et à sécuriser leurs investissements. Cette aide pourra prendre la forme d’un accompagnement juridique ou encore d’accès à des offres d’emploi. Je me bats, au quotidien, pour donner une bonne image de moi dans le cadre des actes que je pose au Cameroun, qu'il s'agisse de mes activités de maire, ou des activités privées, car je sais qu'à travers moi, c’est la diaspora qui sera jugée par nos compatriotes. Et je ne voudrais pas contribuer à ternir votre image. Je souhaite, au contraire, qu'en m'observant, tous les camerounais soient prêts à accueillir tous ceux de la diaspora qui désirent œuvrer au pays, pour le pays. Mon combat de tous les jours est que la diaspora soit reconnue et qu'elle puisse jouer tout son rôle dans le processus de développement de notre pays. Je travaille également à la création, par le pouvoir en place, d’un cadre de dialogue permanent avec la diaspora. Je souhaite qu'il y ait une plateforme républicaine dans laquelle se retrouvent pouvoir et diaspora afin d’œuvrer ensemble au développement de notre pays.
Ceci est la modeste contribution d'un camerounais de la diaspora, qui est aujourd'hui sur le terrain, qui vit le Cameroun comme acteur, et qui appelle de tous ses vœux à l’existence d’une diaspora positive et résolument tournée vers le développement. Travaillons à construire notre vivre ensemble, notre pacte républicain, nous le devons à notre pays.
Vive le Cameroun
Louis-Henri NGANTCHA
Maire de LOUM
Président de l'association des Maires du Département du Moungo
Président de l'Association des Camerounais de la Diaspora et des sympathisants pour le Développement
Président de l’Association des Ressortissants de l'Ouest du Moungo (AROM)
Veuillez visiter le site: http://acadide.com